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 Les histoires courtes de Tididooo

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Tididooo
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MessageSujet: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 19:58

Voici donc une collection de one shots, écrits pour divers concours.
*************************************************************************

(Concours CSID)

ETHAN.

Dean n’en revenait pas de s’être fait avoir aussi stupidement.

La famille Winchester s’était installée provisoirement dans la ville de Fort Monroe en Virginie après que John avait entendu parler de la mort atroce de plusieurs chasseurs de démons. Il avait rapidement laissé ses fils seuls après leur avoir fait réciter les mises en garde d’usage et avoir fait promettre à Dean de veiller sur son petit frère. Il avait encore fallu découvrir une nouvelle école, et Dean avait comme d’habitude préféré se mettre en retrait, tel un paria, évitant soigneusement de se créer des attaches. Et comme d’habitude, l’un des autres parias du lycée s’était intéressé à lui et il avait fini par sympathiser avec Ethan, passionné d’arts martiaux et de phénomènes surnaturels, ce qui lui avait d’ailleurs valu le doux surnom d’EthAlien.

Alors quand Ethan lui avait parlé de cette maison hantée un peu plus loin dans la forêt, il n’avait pas su résister. Selon le jeune garçon, le propriétaire de la maison avait disparu et il était probablement enterré quelque part dans la cave. Cela faisait un peu plus d’un an que son père emmenait Dean chasser avec lui comme un adulte, et il avait acquis de solides réflexes. Il avait donc fait un petit détour par le motel pour récupérer quelques affaires et laisser un mot destiné à Sammy et à leur père s’il décidait de passer par là, indiquant vaguement où ils pourraient le trouver, sans en préciser les raisons, puis avait rejoint Ethan pour sa première chasse officieuse. Il savait qu’ils ne courraient pas de grand danger durant la journée et espérait trouver rapidement le corps pour lui offrir le repos éternel.

Les deux adolescents pénétrèrent donc dans la petite maison et Dean se dirigea tout naturellement vers la cave lorsque le bruit d’un verrou qu’on referme le fit se retourner. Ce qu’il vit lui glaça le sang. Ethan avait refermé la porte et le regardait avec une expression sadique et amusée. Dean porta la main à sa ceinture pour atteindre son couteau de chasse mais son adversaire le plaqua au sol avec une rapidité et une force surhumaines, l’empêchant de se débattre en plaquant une main puissante contre sa gorge.

« Quelle n’est pas ma chance, » dit-il en humant le parfum de Dean comme un gourmet devant un menu trois étoiles. « Un chasseur encore tendre pour le goûter… j’espère que ton père viendra pour le dîner. » A ces mots, l’adolescent entama une horrible transformation, ses os et cartilages se gonflant et se déplaçant, modifiant sa taille et son poids pour devenir sous les yeux horrifiés de sa victime un homme d’une quarantaine d’années, difforme à la peau verruqueuse, aux yeux luisants et au sourire carnassier. Dean tenta de se débattre alors que la bête se penchait vers lui, de repousser cette tête hideuse, ne pouvant réprimer un cri lorsque les mâchoires se refermèrent sur son bras, arrachant la peau et la chair dans une grande éclaboussure de sang. Ecoeuré par les sons de plaisir qu’émettait le polymorphe, étourdi par la douleur et la prise de conscience qu’il allait mourir dévoré, Dean abandonna la lutte. Il ne verrait jamais grandir son frère, il ne pourrait jamais dire à son père combien il l’aimait et l’admirait.

Le polymorphe se releva, la bouche écarlate du sang qui lui dégoulinait le jusque sur le torse, contemplant sa victime avec un sourire satisfait. « J’ai toujours aimé le goût des chasseurs, il y a quelque chose de sauvage dans votre sang. » dit-il en faisant courir ses doigts griffus aussi acérés que des lames le long du torse de Dean, qui frissonna sous leur contact. Lentement, comme pour savourer la douleur qu’il infligeait au jeune homme, il enfonça ses serres profondément de chaque côté de sa cage thoracique, sous les hurlements déchirants de sa proie qu’il souleva sans ménagement et plaqua contre le mur comme un pantin désarticulé. Alors que l’humanoïde monstrueux plantait ses dents à la base de son cou, Dean sentit ses forces s’abandonner, la vie s’échapper de son corps au fur et à mesure que le sang était aspiré hors de ses veines. La douleur fit peu à peu place à l’engourdissement, sa vision s’obscurcit et il n’entendait presque plus les gargouillis immondes provenant de son bourreau. Ses dernières pensées conscientes se tournèrent vers sa famille, une larme coulant le long de sa joue alors qu’il leur adressait mentalement ses adieux, espérant pour Sam une vie meilleure, loin de toute cette violence et lui adressant ses excuses pour le laisser seul dans ce monde effroyable. Il demanda également pardon à son père pour avoir été aussi stupide, et pour le laisser avec un pré-ado en pleine rébellion sur les bras.

Pris de vertiges, il ferma les yeux et laissa doucement la mort venir à lui. Le dernier son qu’il enregistra avant de sombrer dans les ténèbres et l’oubli fut une forte détonation qui résonna dans la pièce et un long cri d’angoisse qui ressemblait à son prénom.

FIN.
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Tididooo
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:09

(Concours CSID) - Situé pendant la saison 2

Sandmännchen

Sam se demandait comment les choses avaient pu mal tourner aussi vite. Assis près du lit d’hôpital où reposait la forme trop immobile de son frère, il ne supportait plus le silence seulement troublé par le souffle du respirateur et les bips des moniteurs. Sentant les larmes lui monter aux yeux, il avança la main pour caresser les cheveux de son frère en espérant qu’il sentirait ce geste de réconfort.

« Espèce d’imbécile… j’aurais du prévoir que tu ferais un truc pareil. » murmura-t-il, la voix brisée.

Ils étaient arrivés dans l’Ohio après avoir remarqué que beaucoup d’enfants avaient sombré dans le coma et étaient morts dans la semaine qui avait suivi sans que les médecins ne puissent rien faire ni l’expliquer. Le plus étrange étant que des blessures et des coups étaient apparus sur le corps des victimes durant leur coma. Après quelques recherches fastidieuses, ils avaient conclu que le responsable de ces morts était un marchand de sable qui se nourrissait des pires cauchemars de ses victimes.

Mais ils n’avaient trouvé aucun moyen de le combattre et une petite fille prénommée Leah n’avait plus qu’une journée à vivre. Dean s’était alors rendu auprès de la fillette et avait récité une formule qu’il avait découverte, tout en ayant pris soin de cacher ses intentions à Sam qui était arrivé quelques minutes plus tard pour découvrir la jeune Leah éveillée, en pleurs dans les bras de ses parents tandis qu’une armée de médecins et d’infirmières s’activaient sur un homme sans connaissance qui gisait au sol, un homme qu’il sut être Dean avant même de voir son visage.

Cinq jours avaient passé depuis, durant lesquels Sam carburait au café pour tenter de trouver un moyen de sauver Dean. Des lacérations étaient déjà apparues sur le torse du chasseur comateux et ressemblaient fortement à celles que le démon aux yeux jaunes lui avait infligé lorsqu’il avait possédé John…

***

Dean n’en pouvait plus de courir. Il n’avait aucune idée de l’endroit où il se trouvait, tout changeait sans cesse et il était blessé et épuisé. Il avait décidé de faire ce sauvetage connaissant les risques et il ne regrettait pas d’avoir sauvé Leah. Il ne s’était cependant pas attendu à une telle folie et n’avait même pas eu le temps de se préparer. Le marchand de sable n’était pas content d’avoir été interrompu.

« Montre-toi, sale bâtard ! Viens m’affronter en face au lieu de jouer les mauviettes ! » Hurla-t-il à qui voulait l’entendre. Il se trouvait actuellement dans une forêt sombre et dense, à l’atmosphère angoissante. Les sens en alerte, une main sur la poitrine pour tenter d’empêcher le sang de couler, il scruta les environs à l’affût du moindre mouvement. Un craquement dans son dos le fit se retourner et il se retrouva nez à nez (ou plutôt nez à truc difforme) avec un monstre hideux. Il supposa qu’il s’agissait du marchand de sable car il n’avait jamais rencontré un machin pareil. La bête devait faire dans les deux mètres de hauteur, ses bras démesurés touchant presque le sol. Sa peau blafarde était recouverte de couches de tissu qui le faisaient ressembler à une momie grotesque et seuls apparaissaient son « nez » et ses yeux, concentrés de peur à l’état pur qu’on ne pouvait regarder longtemps sans devenir fou. Dean détourna légèrement le regard et recula d’un pas, regrettant de ne pas avoir d’arme avec lui.

« Alors, c’est ça le marchand de sable ? Je suis déçu, où est passé ton sac de poudre de perlimpinpin ? »

Le monstre ne répondit pas. Il leva son immense bras avec une vitesse sidérante et attrapa Dean à la gorge, le ramenant près de lui et le forçant à plonger son regard dans le sien. Dean se retrouva aspiré dans une spirale mêlée de ses propres souvenirs et de ses terreurs les plus profondes. Sam qui mourait dans ses bras. Sam et son père possédés qui le torturaient. Lui seul face à des tombes au nom de ceux qu’il aime. Les supplices de l’enfer. Immobile dans les griffes de son assaillant, il laissa des larmes de désespoir couler sur ses joues.

***

Sam vit des larmes perler au coin des yeux clos de son frère. Bouleversé, il prit sa main dans la sienne et essuya tendrement les larmes de l’autre. « Je ne peux pas te regarder mourir encore une fois… » Dit-il en étouffant un sanglot.

« Dean … Tout ceci n’est qu’une illusion, tu m’entends ? Tu peux vaincre cette ordure, venger les enfants qu’il a tués. Il est hors de question que tu te laisses avoir par le marchand de sable, c’est trop ridicule pour toi, compris ? Tu… tu ne peux pas me laisser seul, c’est trop dur… Je… je n’y survivrai pas cette fois… Dean… »

***

Au milieu de la déferlante d’images et d’émotions qui le submergeaient, Dean perçut une voix d’abord ténue puis de plus en plus forte, celle de Sam qui tentait de le rappeler vers lui. Il se concentra et suivit cette voix, s’accrochant à elle de toutes ces forces et réussit à sortir de l’emprise du monstre. Il se débattit et frappa où il pouvait malgré l’étranglement. Peu habitué à ce qu’on lui résiste, le monstre lâcha prise et Dean retomba lourdement au sol, avalant une goulée d’air salvatrice puis frappant la bête au niveau des « genoux ». La chose chût et tenta de reprendre le dessus, le griffant profondément au bras et à l’épaule. Dean cria et s’empara d’une pierre qu’il fracassa sur le crâne du marchand de sable avant de fermer les yeux, épuisé.

***

Il rouvrit les yeux, tout était trouble. Une voix lui parlait mais ils ne captait rien, il avait tellement mal… je veux dormir… Mais la voix ne le lâchait pas. On lui broyait la main. Il rouvrit les yeux, et le visage au dessus de lui devint plus net.

« Sammy… » Il sourit.

Tout irait bien, maintenant. Il pouvait dormir.

FIN.
[i]
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Tididooo
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:22

Toujours pour un concours du CSID ) - Situé après la saison 3, mais pas pendant la saison 4! (vous m'suivez?)

Fatale confrontation.

Il se demandait encore comment la chose était possible lorsqu’il grimpa en vitesse dans la voiture et démarra en trombe, ne remarquant même pas le bruit des graviers qui écorchaient le bas de caisse. La route défila à toute allure, le ciel nocturne parfois zébré par les lueurs fugaces des lampadaires. Il coupa les phares à l’approche de sa destination et se gara à distance raisonnable, sachant que le bruit du moteur pouvait trahir sa présence. Le souffle court, la gorge serrée par l’appréhension, il avança à pas de loup, contourna les voitures cabossées qui jonchaient les abords du garage et gravit les quelques marches qui le séparaient de la porte dérobée. Il tenta de contrôler sa respiration, de calmer son cœur qui s’emballait et faisait bourdonner ses oreilles alors qu’il trouvait la maison beaucoup trop silencieuse pour que cela soit normal. Il dégaina son arme en douceur, se faufila à l’intérieur et trouva le salon sens dessus dessous. Des traces de sang recouvraient le sol ça et là, suggérant la violence du combat qui avait fait rage dans la pièce jonchée de livres. Il ferma les yeux quelques secondes, ne pouvant que se résoudre à affronter ce qu’il allait fatalement découvrir. Vérifiant ses arrières, il avança prudemment dans le séjour, arme au poing, s’efforçant de progresser en silence, traversant un couloir jusqu’à la porte la plus proche, qu’il ouvrit sans un bruit. Le peu de meubles de la chambre contrastait avec le fatras qui encombrait le séjour. Un meuble simple orné d’une lampe de chevet et un lit double au confort relatif. Le jeune homme sentit son cœur se serrer dans sa poitrine et ses yeux s’embuer. Sur le lit, allongé les bras en croix sur le torse, gisait Bobby Singer. On aurait pu le croire simplement endormi si les draps, blancs à l’origine, n’avaient pas pris cette teinte rouge foncé alors que son sang s’était écoulé de la plaie béante qu’était devenu son thorax et que son visage laissait déjà apparaître les premières traces de lividité cadavérique. Le jeune chasseur chassa une larme de sa joue et dut s’empêcher d’aller au chevet de son défunt ami, sachant que cette macabre mise en scène était destinée à le distraire de son but véritable. Il ressortit telle une ombre et continua sa lente progression, examinant chaque pièce de la maison et ne trouvant personne d’autre. Pourtant, son instinct lui hurlait qu’il n’était pas seul ici et qu’il devait continuer à rester sur ses gardes. Il resta donc ainsi, debout au centre du salon, attendant que celui qu’il était venu chercher ne se découvre.

« Tu as trouvé mon cadeau ? »

Une voix goguenarde retentit dans son dos, il se retourna pour faire face à son interlocuteur, qui le fixait de ses yeux entièrement blancs, un sourire d’enfant machiavélique placardé sur ce visage autrefois tant aimé. Il ne répondit pas, attendant que son adversaire fasse le premier pas.

« Ça ne te plait pas ? J’y ai pourtant mis toute mon âme… » L’ennemi avançait doucement vers lui, se déplaçant en balançant étrangement son corps comme une marionnette. « Tu ne dis rien ? Je suis déçu. »

« Il n’y a rien à dire… » Commença le jeune chasseur d’une voix neutre.

L’ennemi continuait son obsédante progression face à son immobile adversaire. « Je t’ai connu plus bavard, frangin. »

Le jeune homme serra le poing sur son arme. « Tu n’es pas mon frère. »

« Dean, tu me brises le cœur, là. Ton séjour en enfer t’aurait-il brouillé la mémoire ? » Sam arborait un sourire machiavélique qui faisait se dresser les cheveux sur la nuque de son frère.

Dean leva son arme et la pointa sans sourciller en direction du torse de Sam « Sors du corps de mon frère. »

Le sourire disparut et le cadet des Winchester s’approcha jusqu’à ce que la pointe de l’arme appuie sur sa poitrine. « Quel ton autoritaire. Je n’ai pas entendu le mot magique. »

« Sors du corps de mon frère, salope. » rajouta Dean avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace. Il leva les yeux au plafond et remarqua la clé de Salomon, malheureusement fissurée. Bobby avait du tenter le coup quelques heures plus tôt, sans succès.

Son jeune frère suivit son regard et retrouva son sourire mauvais. « Pathétique. Tu pensais vraiment qu’un minable graffiti sur un mur et sur le torse pouvaient suffire pour stopper un être de mon importance ? Je prends qui je veux, je deviens qui je veux. Je tue qui je veux. » Il avança encore de quelques millimètres, la pointe du couteau toujours tendu par Dean perçant le mince tissu de son t-shirt et laissant échapper une goutte de sang. Les yeux dans les yeux, les deux frères se mesuraient du regard, vert farouche contre blanc haineux. « Pas assez d’action, ici… » Entonna soudainement Sam d’une voix enfantine. Sans que Dean puisse réagir, il le projeta contre le mur avec une force mentale d’une brutalité inouïe qui brisa les étagères et probablement quelques côtes. Assommé, endolori, Dean n’eut pas le temps de se relever que Sam l’empoignait par le col et l’envoyait planer à l’autre bout de la pièce, où il heurta violemment la massive table en bois avant d’atterrir contre un mur. Il se demandait par quel miracle il avait réussi à conserver le couteau en main lorsque Sam fut à nouveau sur lui, le bloquant contre le mur en prenant soin d’appuyer fortement sur les côtes qu’il savait cassées. Le frère aîné étouffa un cri lorsqu’il sentit plusieurs os se déplacer et probablement venir perforer un, voire deux poumons. Il ne pouvait pas lutter face à tant de puissance et de haine, ne voulait pas se résoudre à l’inévitable, refusait de porter ce coup de couteau pourtant à portée de main. Et le démon en Sam s’en rendait compte et s’en amusait. « Pathétique, vraiment. Tu ne sers vraiment à rien, n’est-ce pas Dean ? Tu ne feras donc rien pour me libérer, alors que tu avais promis à papa de tout faire pour me sauver, de me tuer si tu n’y arrivais pas ? » Ces dernières paroles auraient pu ressembler à des supplications si le visage de Sam n’avait pas arboré cet horrible sourire.

Dean résistait à l’envie de vomir, la main tremblante toujours ajustée sur son arme. Haletant, peinant à trouver son souffle tandis que ses poumons se remplissaient de sang, il tenta sa dernière chance avant d’avoir à commettre l’impensable. « Exorcizo… te, immundi…ssime spi…ritus, omnis… incursio aver..sari, omne phan…tas…ma, o…mnis legio, in nomine… Domini… nostri Jesu Christi eradi…care, et effugare… ab hoc plas…mate Dei… » Il s’arrêta lorsque Sam relâcha la pression sur son torse et crut un instant qu’il avait réussi.

Sam rejeta la tête en arrière, hurla… puis éclata de rire sous le regard désespéré de son grand frère. « Dean, c’était trop chou… » Il plaqua une main contre la gorge de son aîné et serra, une expression de dédain sur son visage alors qu’il le regardait suffoquer. Dominateur, conquérant, il se pencha près de son oreille « Je vais briser chacun de tes os. Je vais me réjouir de te regarder mourir. Et même si Sam crie en ce moment à l’intérieur de ma tête, je le sens aussi soulagé d’être débarrassé de ce boulet que tu es devenu… » Il s’empara de la main gauche de son frère et la tordit brutalement dans un craquement sinistre. Dean se cambra malgré lui sous la douleur, le garrot sur sa gorge l’empêchant de crier.

Des étoiles noires dansaient devant ses yeux, la douleur devenait insupportable, comme un feu qui le dévorait de l’intérieur. La mort était proche, Dean le sentait comme il s’était senti partir sous les assauts des chiens de l’enfer. Mais les derniers mots prononcés par son petit frère achevèrent de le convaincre de son devoir. Il devait libérer Sam avant tout. Refoulant la douleur, il rassembla ses dernières forces et planta le couteau qu’il avait dérobé à Ruby droit dans le cœur de son frère. L’effet fut immédiat. Le visage bloqué dans une expression de stupeur absolue, son cadet le regarda tandis que les déflagrations qui tuaient le démon faisaient sursauter son corps, avant de s’effondrer contre le torse malmené de son frère.

Dean resta quelques secondes figé, désorienté et choqué, entravé par son frère immobile. Puis, lentement, il baissa les yeux vers le visage de son petit frère, qui reposait contre son épaule. La douleur qui résonnait dans sa poitrine n’avait plus rien à voir avec des os brisés, c’était son cœur, son propre cœur qui s’était déchiré en même temps que la lame avait transpercé celui de son frère. Il remonta ses bras malgré l’atroce douleur et enlaça tendrement Sam, murmurant les paroles apaisantes qu’il avait l’habitude de prononcer lorsqu’il veillait le petit Sammy malade. Il s’effondra en larmes lorsqu’il réalisa qu’il venait de tuer son propre frère. Que Bobby était mort. Qu’il n’avait plus personne sur cette Terre. Plus rien ne le retenait ici. Ses sanglots ralentirent alors que sa respiration devenait de plus en plus difficile, sifflante. Sa prise sur le corps de Sam devenait plus lâche. Il adressa ses derniers mots de pardon à sa famille et à ses amis pour les avoir abandonnés et pour avoir failli à sa tâche, sentant la mort resserrer son étau sur lui, le recouvrir de son manteau d’oubli. Le cœur brisé, il ferma les yeux et rendit son dernier souffle sans un bruit.

FIN.


Dernière édition par Tididooo le Mer 19 Mai - 20:34, édité 1 fois
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Tididooo
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:34

(Concours n°9 CSID) - légers spoilers saison 4
"Bobby est attaché, possédé et blessé à mort, un exorcisme le tuera.
Que va faire, Dean ou Sam ? "(Sujet proposé par la dernière gagnante, Alma, que je remercie encore)
Bien sûr, il faut choisir seulement l'un des deux frères et le sadisme ne devra être que psychologique pour Dean OU Sam.
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BOBBY.

C’était le rire, ce rire mauvais, hideux et sadique qui le choquait le plus. C’était comme si un psychopathe au sens de l’humour plus que déplacé avait pris soin de greffer une boite à rire dans la gorge de son ami. Un rire mécanique de clown désarticulé qui jurait avec ce visage qui signifiait tant pour Dean. Un ami, un mentor, un père. Possédé, comme c’est original. On aurait dit que les démons s’en donnaient à cœur joie avec les possessions dans la famille. Son père, son frère, et merde, même son grand père maternel avaient eu droit à un petit tour par la case « vous êtes possédé par un démon, ne passez pas par la case départ, ne recevez pas 20 000 dollars et pensez à torturer un peu Dean au passage. » Si de tout cela n’avait pas résulté plus de malheur et de douleur à chaque fois, Dean en aurait presque été jaloux. A croire que les démons n’étaient pas intéressés par la prise de possession de son corps d’athlète ? C’était sûrement la confirmation de leur très mauvais goût. Il baissa les yeux vers le corps meurtri de Bobby, les bras entravés par une corde solide. La plaie qui déchirait son flanc rougissait déjà les bandages que Dean avait réussi à appliquer tant bien que mal, refusant d’envisager la triste réalité. S’il exorcisait son vieil ami, celui-ci ne survivrait pas à ses blessures.

« Tu sais ce que tu vas devoir faire, Winchester… » Siffla le démon, ses yeux noirs luisant à la lueur de l’éclairage faiblard de la chambre de sûreté construite par son hôte et dans laquelle Dean avait réussi à les enfermer, après un combat acharné et au prix d’une blessure mortelle pour Bobby Singer.

« J’ai croisé beaucoup de démons, mais tu es le premier vrai suicidaire que je rencontre. » Constata Dean, manipulant la dague de Ruby d’un air absent.

« Je n’aimerais pas être à ta place, mon garçon. C’est une décision difficile que tu dois prendre. » Dean se crispa au son de la voix paternelle que le démon avait fait prendre à Bobby. « Tu es pathétique, Winchester. C’est si facile de s’amuser avec toi que je regrette presque de ne pas avoir fait partie du comité d’accueil en enfer… Mais la tête que tu fais là, ce soir, c’est mon lot de consolation. J’existe depuis des siècles, tu sais ? Et je ne me suis jamais autant amusé que depuis que j’ai entendu parler de la famille Winchester, experte ès contrats faustiens. C’est quant même pas de bol tout ce qui vous est arrivé… Et le pire, c’est que vous êtes contagieux, tous les gens qui vous approchent finissent par mourir dans d’horribles conditions, comme les amis de ta maman, puis ceux de ton papa, c’est trop triste… Franchement, si j’étais toi, je me remettrai sérieusement en question niveau efficacité parce que là, c’est pas brillant-brillant. Je pense même que je mettrai fin à mes jours pour abréger mes souffrances. » Fuyant le regard noir narquois qui se posait sur lui, il pointa son arme contre la carotide de son ami. Ce n’est pas Bobby… Ce n’est plus Bobby.

« Merci pour ce fascinant monologue. Maintenant, parle utile. Où est Sam. »

« Mmh, je ne sais pas… En train de lancer des appels désespérés pour que son héroïque grand frère vienne le sauver ? Sauve moi Dean ! Sauve moi ! » Le démon ricanait, encore.

Dean appuya la lame un peu plus fort, et une petite décharge électrique se répandant au contact des chairs à vif provoqua un gémissement du démon. « Je n’hésiterai pas, démon. Je préfère savoir que Bobby repose en paix plutôt que te regarder plus longtemps profaner son corps. » Il avait prononcé ces mots avec autant de froideur et de détachement que possible. Mais il ne trompait personne, ni lui ni le démon. Dès qu’il avait été en mesure de jeter un œil à la blessure, il avait su que c’était trop tard, mais cela ne changeait rien. Il n’était pas prêt à perdre son ami, à lui dire adieu, à constater son nouvel échec à garder le peu de gens qu’il aime en vie. Et ce choix terrible auquel il était à présent confronté, abréger les souffrances de son ami ou torturer encore son corps pollué pour sauver Sam, était au dessus de ses forces. Il respira aussi doucement qu’il le put pour contrôler ses émotions.

« J’ai horreur de me répéter. Où. est. Sam. »

Le démon souffla avec mépris. « A l’heure qu’il est et vu ce qu’il tombe dehors, je dirais qu’il ne doit plus avoir pied maintenant. » Il se retourna et adressa un grand sourire à Dean. « Tu n’as pas pu sauver ton ami, et j’ai l’impression que tu ne vas pas pouvoir sauver Sammy non plus. C’est dommage, hein ? »

Dans un mouvement de colère, le jeune chasseur entailla l’épaule de son prisonnier. La plaie crépita en laissant échapper un peu de fumée noire et le démon le regarda pour la première fois avec terreur. « Dernière chance pour toi. Dis-moi où est mon frère, MAINTENANT ! » hurla Dean.

Le démon se recroquevilla sur sa chaise et baissa la tête. Dean avait gagné. « Dans une grotte, à cinquante kilomètres à l’ouest d’ici. » Il releva la tête avec défi. « Tu ne le trouveras jamais à temps. »

Dean serra les mâchoires. « Tu n’as aucune idée de ce que je peux faire... » Il ferma les yeux, conscient de ce qui lui restait à faire et ça lui brisait le cœur. Doucement, il posa une main sur l’épaule intacte de celui qui fut son ami le plus cher et pressa, cherchant à sentir la chaleur et l’humanité qui se dégageait de ce corps. Il ne se rendait pas la tâche « facile », mais il avait la confuse conviction qu’il devait au moins ça à son ami, à défaut d’avoir pu empêcher ce drame. Mordant sa lèvre inférieure pour stopper son tremblement, il lui fit face la dague à la main et, très vite pour éviter d’y penser, planta la lame en cœur. Il laissa les larmes noyer ses yeux en contemplant les décharges violentes qui secouaient ce corps malmené et laissa échapper un sanglot lorsque les soubresauts cessèrent d’un coup. Il s’agenouilla pour détacher le corps de Bobby, le cœur serré si fort dans sa poitrine qu’il n’allait sûrement pas tarder à imploser. Alors qu’il dénouait les derniers liens, il sentit des doigts se refermer faiblement sur son poignet. Il leva les yeux pour rencontrer le regard triste et bienveillant de son ami.

« Je suis tellement désolé, Bobby… » murmura-t-il, la voix tremblante, le serrant contre lui et enfouissant sa tête contre cette épaule quasi paternelle et sentant les bras du vieux chasseur reposer contre son dos et rendre l’embrassade.

« Je… suis fier de toi… Dean… Merci… merci de m’avoir li…béré… va, va sauver… Sam. » Les derniers mots avaient été prononcés dans un souffle. Dean se détacha lentement du corps sans vie de son ami, le cœur à l’agonie et les joues mouillées de larmes.

Désespéré, il s’éloigna rapidement en se demandant où étaient les anges lorsque le monde s’abattait à nouveau sur lui et menaçait à présent de lui enlever aussi son frère.


FIN !
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:36

(Concours WL n°10) Sujet : un anniversaire de Sam, n'importe lequel.

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Premier anniversaire.


John se réveilla avec cette impression devenue habituelle que le monde s’était écroulé sur lui. Passant une main lasse sur son visage pour chasser les derniers vestiges du sommeil, il leva son corps lourd de fatigue et se dirigea vers le landau où pleurait son dernier né. Se penchant au dessus de l’enfant, il ressentit ce pincement au cœur, ces émotions contradictoires qui le submergeaient à chaque fois qu’il posait les yeux sur son tout petit.

Il y a un an, la vie semblait parfaite. Il y a un an, on plaçait dans ses bras ce petit être au regard intelligent. Il y a un an, Mary était toujours en vie, merveilleusement belle malgré la fatigue de l’accouchement. Il y a un an, Dean était un petit garçon rieur, plein de vie, et qui parlait sans cesse avec un débit si impressionnant que John lui prédisait une grande carrière de commentateur sportif.

Il y a un an, il ne connaissait rien de l’existence des démons et des êtres surnaturels. Il y a un an, il était heureux.

Tandis qu’il berçait Sam en lui donnant son biberon du matin, John sentit une larme couler sur sa joue. Il jalousait presque l’innocence de son fils, et en même temps se raccrochait à ce petit signe d’espoir qu’il représentait. Avec lui il ferait mieux, Il s’occuperait bien de lui et lui épargnerait aussi longtemps que possible la confrontation avec le mal et la violence. Il savait qu’il avait déjà échoué avec Dean. Depuis ce soir là, il y a six mois, son adorable petit garçon s’était muré dans un silence douloureux, se contentant d’obéir patiemment aux ordres de son père et de s’occuper de Sammy lorsque John ne pouvait le faire. Il savait qu’il ne devait pas se reposer autant sur un enfant de cinq ans et il s’en voulait pour cela, mais ne pouvait s’en empêcher. C’était les seuls moments où il sentait une interaction se produire avec son fils mutique et traumatisé. C’étaient les seuls moments ou Dean semblait être moins malheureux. Il aurait voulu faire mieux, il avait essayé de faire mieux. Le constat d’échec était amer et sans concession.

Il reposa son bébé repu et endormi dans son berceau, déposant un baiser délicat sur son front. « Bon anniversaire, fils… je sais que je ne peux pas t’offrir grand-chose, mais je te promets que je serai toujours là pour toi. »

John s’éloigna vers la salle de bains, combattant ses idées noires. Il chassa ses larmes et les dernières traces de sommeil avec un peu d’eau froide et fit face au reflet que lui renvoyait son miroir. Celui d’un homme mal rasé, aux cheveux trop longs, aux yeux rougis et bouffis de larmes, les traits tirés par la fatigue, l’inquiétude et le manque de sommeil. Il n’arrivait même pas à reconnaître cet homme, cet étranger si faible et abattu qui s’apitoyait lamentablement sur son sort.

« Quelle lavette tu fais là, Winchester. » marmonna-t-il en soupirant. Demain, il devait rencontrer un certain Elkins, qui devait lui en apprendre un peu plus sur ce que Missouri Mosley lui avait laissé entrevoir du monde surnaturel. S’il hésitait encore il y a quelques heures, il était maintenant plus décidé que jamais. Pour ses fils, pour Mary, il devait retrouver la créature qui avait détruit sa famille et la tuer. Lui faire payer, coûte que coûte. Il inspira un bon coup et entreprit de se raser et de se couper les cheveux. Le résultat final n’était certes pas parfait, mais il se sentit plus humain, enfin prêt à affronter le monde extérieur.

Il entendit les gazouillis de Sam dans la chambre. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’était pas un gros dormeur. John eut un petit sourire en réalisant à quelle vitesse il avait changé. Il marchait tout seul maintenant. Ses pas étaient encore hésitants parfois mais Dean était toujours là pour l’empêcher de tomber, veillant sur son petit frère comme si sa vie en dépendait. Et Sammy avait trouvé un moyen de le remercier, à sa manière. Au milieu des sons inarticulés qu’il émettait et qui ressemblaient de plus en plus a des mots, Sam appelait déjà son frère « Dee ». John sentait son cœur se réchauffer à chaque fois que le petit tendait les bras vers son aîné en l’appelant ainsi, lorsqu’il apercevait la lueur de joie qui s’allumait dans les yeux du grand frère. Peut-être existait-il un moyen de sauver Dean de son enfermement, après tout.

Il s’arrêta dans l’embrasure de la porte lorsqu’il entendit le pas léger de son fils aîné entrer dans la chambre et se diriger vers le lit de bébé. Penchant la tête pour voir sans être vu, John regarda avec émotion Dean escalader les barreaux de bois pour se pencher au dessus de son petit frère et déposer un léger baiser sur le front du bébé qui répondit par un rire joyeux. Dean lui retourna un sourire magnifique qui emplit la pièce d’amour et de tendresse. Et, doucement, d’une voix un peu enrouée de ne pas avoir servi pendant si longtemps, il murmura : « joyeux anniversaire, Sammy ! »

Les plus beaux cadeaux ne sont pas toujours ce qu’on croit…

FIN.


Dernière édition par Tididooo le Mer 19 Mai - 20:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:40

(Concours WL n°11) Sujet: Placer les frères dans une scène de film. J'ai choisi cette scène culte du "père noël est une ordure"
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Sam, Dean et les Doubitchous

Toutes mes excuses à la Bulgarie et à son peuple.
.....................

Les frères Winchester enquêtaient depuis plusieurs jours au cœur d’une petite communauté Bulgare installée dans le Wisconsin, suite à des disparitions inexpliquées. Plusieurs jours à patauger dans la neige fondue pour découvrir qu’il n’y avait aucune raison surnaturelle derrière ces disparitions.

« Disparu, disparu, disparu. Ils ont tout bonnement quitté le village. » Grommela Dean pour la cent soixante-dix-huitième fois. Au moins. Levant les yeux au ciel, (nuageux) Sam attendit l’inexorable suite.

« Et puis je meurs de faim ! »

Voilà.

« Même pas un fast-food ou un resto-route, que dalle ! »

Et il remet ça sur les resto-routes.

« Si encore ils avaient une épicerie ou un bar… »

C’est vrai qu’il n’aurait pas imaginé tomber dans un coin aussi retiré du monde. Sam soupira. Il attendit patiemment la chute, qu’il connaissait par cœur maintenant.

« Et surtout, ma chère sœur que voilà, qui fait attention à sa ligne, n’a pas souhaité emporter de provisions, hein, Samantha ! »

« Oui, Dean. Je suis dé-so-lé. Vraiment. Tu avais raison et j’avais tort. »

« Ouais. Il faudrait l’écrire celle là. » Dean soupira fortement. Après avoir erré près de 20 Km dans les bois pour rejoindre la maison du maire du village (hameau ? Lieu dit ? Trou perdu au fin fond du Wisconsin ?) qui avait gracieusement accepté de les héberger, ils arrivaient enfin en vue de la petite bicoque tordue, mal chauffée et mal éclairée. Toujours décidé à communiquer sa mauvaise humeur, Dean continua sur sa lancée. « Quand on aura à nouveau un réseau téléphonique, rappelle-moi de dire à Bobby ce que je pense de ses « connaissances » et de leurs appels à l’aide. »

« C’est vrai qu’il nous a habitués à mieux… » Répondit Sam en ouvrant la porte. Il fut immédiatement accueilli par Monsieur Preskovitch, le maire de ce si merveilleux village.

« Ah ! Frères Winchesterrrrr ! Alorrrrs ? Trrrrouvé fantôme ? » S’enquit le maigre bonhomme, une maiche graisseuse sur son front luisant.

Sam se retourna pour chercher un peu d’aide auprès de son frère, qui lui fit bien sentir que c’était là le moment de se racheter pour l’affaire des provisions refusées. Il se massa les tempes, espérant trouver l’inspiration afin d’annoncer au pauvre homme que son village se mourrait et qu’il n’y avait aucun être surnaturel à blâmer. « Eh bien… Monsieur Preskovitch, nous avons fait beaucoup de recherches et… en fait euh… c’est plutôt une bonne nouvelle dans un sens car euh… les disparus vont bien. » Le maire le regarda sans comprendre. « Oui, euh… ils vont bien car ils n’ont jamais été en danger, vous comprenez ? Ils ont simplement quitté le village, je suis désolé… » Cette fois, la compréhension fit son apparition dans les yeux de l’homme.

« Oh. Alors pas fantôme ? »

« Pas fantôme. »

« Oh. » Le petit Bulgare resta silencieux.

Dean s’avança, un peu gêné, et se passa la main sur la nuque. « Hum… Nous allons vous laisser, la route est longue et… »

Il s’interrompit, surpris, lorsque l’homme tourna le dos et se dirigea à grands pas vers la cuisine. Les deux frères s’interrogèrent du regard et leur incompréhension s’intensifia lorsque le bonhomme revint avec un tupperware rond dans les mais.

« Je vous ai apporrrrté doubitchous. »
Etonné, Dean ne put retenir une exclamation. « Des quoi ? »
Monsieur Preskovitch ouvrit la boite, qui renfermait des espèces de petits boudins recouverts d’une couche de sucre glace. Ou peut-être était-ce de la farine. Ou du talc ? « Des doubitchous. C’est comme des trrrruffes en chocolat. »

Content de lui, il tendit la boite à Sam qui la reçut avec son fameux air coincé. (Lèvres pincées qui remontent un peu, sourcils froncés, yeux étrécis) « Je vais les remiser par devers moi. »

Le bulgare prit un air empressé. « Mais vous ne les goûtez pas, Sam ? »
Le jeune homme haussa les épaules et se tourna vers son frère, tout aussi désespéré que lui. « Ah ben si. Nous allons les goûter. »
Dean, qui n’avait plus si faim et cherchait un moyen de s’échapper discrètement, répondit d’une voix absente. « Oui, mais bien sûr que nous allons les goûter, bien sûr Monsieur Preskovitch… Ah mais je t’en prie, Sam… » Lança-t-il lorsque son frère lui tendit la boite.
Sam lui retourna un regard embarrassé et un peu contrarié. « On ne sait que choisir ! » dit-t-il avec un semblant de rire.
Dean regarda le contenu de la boite avec horreur. C’était l’intoxication alimentaire assurée. « C’est vrai qu’y a l’embarras du choix. » Bredouilla-t-il en souriant à leur hôte.
Monsieur Preskovitch répondit à son sourire. « Ce sont les fameux doubitchous de Sofia ! »
Courageux, Dean mordit dans un des rouleaux et retint du mieux qu’il put une grimace de dégoût. « Ah oui. ah c’est très bon… » Non, Dean, ne crache pas, ne crache pas ! Il trouva du réconfort en voyant la tête de son frère avec un de ces horribles machins dans la bouche.
Sam essaya de mettre le moins possible de cette immondice en contact avec sa bouche. « Ah oui. » C’est donc ça, le fameux « goût bulgare » ?
Enthousiaste, Monsieur Preskovitch les encouragea. « Ce n’est que de bonnes choses ! C’est du cacao de synthèse avec de la marrrgarrrine et de la saccharrrose aussi. »
Dean l’écouta avec attention, en se demandant comment on pouvait faire un truc aussi mauvais avec des ingrédients aussi simples. Il eut une grimace de surprise lorsque ses papilles entrèrent en contact avec quelque chose qu’il refusait d’imaginer. « Je ne sais pas si tu as remarqué, Sammy, mais y a une espèce de deuxième couche à l’intérieur… » Je vais vomir.
« Oui, c’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim… » Renchérit son jeune frère. C’est fou les platitudes qu’on peut dire parfois…
En tout cas, le petit homme semblait heureux et n’avait pas remarquer la gêne des deux frères. « C’est une fabrication artisanale. » Leur confia-t-il.
Tiens donc ? Je n’aurais pas cru ! « Oui, effectivement, on a un petit peu l’impression que c’est fait à la main, quoi. » Répondit Dean. Quand je parle, c’est moins mauvais. Je vais essayer de garder la bouche ouverte, tiens.
A son grand malheur, Monsieur Preskovitch confirma son impression, et pire encore. « Oui, oui, oui, c’est fait à la main ! C’est roulé à la main sous les aisselles. »
Luttant pour ne pas cracher immédiatement ce qu’il avait dans la bouche au visage de son tortionnaire, Dean vit avec désolation le teint de son petit frère virer au verdâtre. Il ne se sentit pas très frais non plus. Courage, fuyons. « Bon et bien écoutez Monsieur Preskovitch, on ne va peut être pas vous déranger plus longtemps, hein ? » A ces mots, tapa gentiment dans le dos de son frère et se dirigea vers la sortie.
Monsieur Preskovitch leur souhaita bonne route et s’attarda. « Je suis content que ça vous ait plu parrrce que norrrmalement c’est une garrrniture. Enfin je vous dis pas plus ! »
Marchant de plus en plus vite, Dean répondit sans se retourner, tandis que Sam n’osait même plus bouger les mâchoires. « Non, n’en dites pas plus. Merci beaucoup M. Preskovitch… »

Les deux frères attendirent ce qui leur sembla une éternité que le maire de ploucland veuille bien refermer la porte avant de recracher ce qu’ils pouvaient avec force jurons.

« Mais quelle horreur ! Comment peut-on fabriquer des trucs pareils et ne pas finir en prison ? » S’indigna Sam en s’installant dans l’impala.

« E. E. Ai. bas… » Articula Dean qui se frottait la langue avec les doigts pour tenter d’en déloger les particules visqueuses. « En tout cas, laisse-moi te dire une chose. »

«Quoi ? » Demanda Sam, surpris par le sérieux du ton de son frère.

« Ne t’avise pas d’aller te faire enlever par des démons jusqu’en Bulgarie, car je t’assure que je n’y mettrai jamais les pieds ! »

FIN.
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Tididooo
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:42

(Concours WL spécial VIP) Sujet... m'en souviens plus!
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Dans la forêt lointaine…


C’était à coup sur l’un des plus belles conneries qu’il ait jamais faite, pensa John en essayant une nouvelle fois de desserrer les liens qui le maintenaient prisonnier. Suspendu comme une carcasse de bœuf dans une chambre froide… Il n’avait pas vraiment imaginé finir comme ça. Oh, il savait qu’il s’était lancé dans un mode de vie loin de la pépère attitude « métro-boulot-bisou-les-enfants-dodo » mais il n’avait jamais vraiment creusé la question, refusant même d’y penser. La mort de Mary et la découverte du monde horrible qui se cachait dans le noir l’avaient comme englouti. Obnubilé par sa soif de vengeance, il avait mis de côté un point capital : il n’était pas immortel. Il soupira, pensant à ses fils. Il s’était réfugié derrière la confortable idée qu’il faisait ça pour eux, pour les protéger, détruire le mal pour leur offrir un monde meilleur, plus sur. Quel connard. Tout ce qu’il leur offrait, c’était un père absent. Quel père digne de ce nom faisait porter sur son fils de sept ans la responsabilité de veiller _d’élever plutôt_ son frère de trois ans ?
Et maintenant, ils allaient grandir sans lui, sûrement séparés. Sam trouverait peut-être une famille, mais Dean… Dean serait foutu, noyé dans le système…
Non. Non. Tu n’es pas encore mort, John, arrête de divaguer et sors-toi de ce merdier. Retrouve tes fils et montre-leur que tu les aimes, bordel !
Il tira sur les liens, se débattant de toutes ses forces, oubliant le sang qui commençait à perler de ses poignets écorchés. Merde. Il aurait été dans un de ces fichus films dont Dean s’abrutissait à longueur de journée, il aurait eu un couteau caché dans sa manche, ou alors la corde qui le retenait aurait été à proximité immédiate d’un objet tranchant bien pratique. Mais non. Il était dans une foutue grotte au milieu d’une saloperie de forêt, et entouré de squelettes et de vieux cadavres à moitié dévorés et empestant la charogne. La vie est une chienne, hein ?

Tout à coup, des bruits de pas. Son cœur se mit à battre à tout rompre. Il allait mourir comme ça, bouffé par un wendigo. Il se sentit con, mais ferma les yeux.

« Foutredieux ! »

Rouvrit les yeux. Les wendigos jurent, maintenant ?

« j’vous ai vu arriver, en plein milieu d’une chasse. J’me suis dit, il va pas l’faire ? Mais si. Des semaines de préparation foutues en l’air. » Continua l’inconnu, un homme d’à peu près son âge, autant qu’il put en juger dans la pénombre et avec la casquette qui lui mangeait tout le haut du visage. Tout en maugréant dans sa courte barbe, l’homme coupa les liens et John poussa un soupir de soulagement lorsqu’il put enfin retrouver l’usage de ses bras.

« Merci. » murmura-t-il. Il n’était vraiment pas du genre à remercier. Mais bon, le type lui avait évité de finir en pâtée pour wendigo, ça valait bien un petit effort. « Ecoutez… » continua-t-il en se massant les poignets. « On devrait vite partir d’ici. Je sais que vous comptiez chasser et je suis désolé de vous avoir dérangé, mais il traîne quelque chose dans cette forêt de bien plus dangereux qu’un ours… »

L’homme le regarda d’un air à la fois outré et agacé : « Ce n’est pas moi qui me suis fait chopper par un wendigo, l’ami. »

Chose rare, John resta bouche bée. Cet homme était lui aussi un chasseur de monstres ? Et ne venait-il pas de l’appeler « l’ami » ? Il n’eut pas le temps de chercher une réponse, un cri inhumain retentit à l’extérieur.

« C’est pas la cavalerie, c’tte fois. » commenta l’homme à la casquette en sortant de sa poche un petit flacon dans lequel il glissa une mèche. Cocktail Molotov? John commençait à apprécier le type.

Embrassant la grotte sombre du regard, Winchester émit un grognement. La sortie allait être plus rock’n’roll que prévu. « Mes armes ont disparu »

Son compagnon haussa les épaules en grommelant, fouilla dans son sac, et en sortit un pistolet lance-fusée qu’il lui tendit : « Toujours avoir une deuxième option. » dit-il avec un clin d’œil.

Ils se préparèrent en silence, attentifs au moindre bruit que le monstre pouvait produire. Ils n’auraient qu’une chance chacun, la bête ne leur laisserait jamais le temps de recharger. Le souffle court, épaule contre épaule, les deux chasseurs attendaient que le wendigo entre, guettant le moindre mouvement dans la pénombre. L’attente était pesante, insupportable. Puis les évènements s’enchaînèrent en quelques secondes. La bête fonça droit sur eux à une allure folle, surhumaine, hurlant si fort que John pensa que ses tympans allaient exploser. Résistant à l’envie de plaquer ses mains sur ses oreilles, il fixa la forme qui se ruait sur lui et fit feu alors que la bête le renversait, en vain. Tout était allé beaucoup trop vite, il avait manqué sa cible…

Son souffle se bloqua dans sa poitrine alors qu’il bloqua par pur réflexe un coup de griffes dirigé vers sa jugulaire. L’effort était intense tant le monstre était puissant, il ne pourrait pas tenir longtemps. Soudain, une courte explosion retentit et la gueule difforme et pleine de dents acérées qui se penchait inexorablement vers lui s’illumina de rouge. Les hurlements devinrent insoutenables, il étouffait sous la chaleur, luttant pour ne pas se faire déchiqueter. Il sentit une main puissante l’agripper et le hisser de sous la bête agonisante rongée par les flammes.

« Ça va ? » entendit-il à travers les cris. L’homme le regardait. « Rien de cassé ? »

John s’épousseta en toussant. Un peu roussi, certes, mais rien de cassé. « Ça va, merci. » ça allait devenir une habitude ? Les hurlements se turent, c’était fini. Il se retourna et contempla les cadavres. « Il va falloir leur donner une sépulture décente… » Ou ils pourraient revenir. Il ne finit pas sa phrase, son compagnon d’aventure le savait aussi bien que lui.

« Je vais chercher mes affaires », lui répondit l’homme à la casquette avec un mouvement de tête.

« Je vous suis » Un peu d’air frais ne ferait pas de mal.

La lumière du soleil matinal l’aveugla. Il était donc resté captif si longtemps ? Dean devait être mort d’inquiétude. Il lui tardait de retrouver ses fils et de les serrer dans les bras. Tout en marchant, il butta sur quelque chose. Son sac ! Il eut un soupir de soulagement. Ce n’étaient que des armes, mais tout ce fatras coûtait horriblement cher. « Hé ! » lança-t-il sans se retourner. « Mes affaires sont ici, pas besoin d’aller plus loin… » Il fit volte face lorsqu’un cri étouffé retentit dans son dos. Un second wendigo… ils n’y avaient pas pensé une seconde. Le monstre maintenait l’autre chasseur au sol, les griffes fermement plantées dans son épaule. Ne quittant pas le monstre des yeux, il se pencha lentement vers son sac, tâtonnant pour trouver une arme. Ok.

Doucement, doucement, il s’avança vers son objectif, sachant qu’à la moindre alerte, le wendigo risquait de tuer sa proie. Lever le bras. Viser en silence, faire abstraction du danger, de la peur. Redevenir l’espace d’un instant un marine entraîné à combattre, sauver un camarade. Ça, John savait faire. La détonation qui retentit quelques secondes plus tard fut seule à troubler le silence épais qui régnait dans la forêt. Le monstre s’effondra sans un cri, le crâne en feu, littéralement.

John aida le chasseur à se débarrasser du poids mort encore agrippé à son épaule, l’homme restant stoïque alors qu’il retirait les griffes de sa chair. « Beau tir », Apprécia ce dernier, les dents serrées.

John sourit. Un troisième « merci » franchit ses lèvres sans sa permission (il allait avoir une grosse discussion avec son subconscient, ce n’était pas normal de se montrer si sympathique avec un inconnu), pendant que l’homme se relevait avec une grimace. « Ce n’est pas très joli » dit-il en regardant la blessure. « J’ai un kit de premier secours dans mon sac, si vous voulez. »

L’homme le remercia en souriant et lui tendit la main. « Bobby Singer. »

John rendit son sourire et serra la main d’un geste ferme et confiant. « John Winchester. »

Bon. Subconscient ou pas subconscient, il n’était plus si inconnu que ça, ce Bobby, non ?

FIN.
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Tididooo
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MessageSujet: Re: Les histoires courtes de Tididooo   Mer 19 Mai - 20:43

Cet OS a été écrit en réponse à un challenge de Dexterine, expliqué ci-dessous.

Gorgorum est le dernier de son espèce. Des hommes armés ont éradiqué tous les autres et Gorgorum est vraiment, vraiment très en colère. Il est bien décidé à faire payer aux chasseurs pour les meurtres de chacun de ses frères. Et comme chacun sait, payback is a bitch.


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Patience et longueur de temps…


Il s’éveilla brusquement de sa longue hibernation et poussa un hurlement. Il avait ressenti la perte jusqu’au plus profond de lui, son dernier fils venait de mourir, massacré. Il avait ressenti la mort, la douleur, comme si elles étaient siennes. Il ne restait plus que lui, il était dorénavant le seul de son espèce… et il allait se venger. Comment osaient-ils, ces minables petits morceaux de chair ambulante, s’en prendre ainsi à ses semblables, les tuant les uns après les autres alors qu’ils ne faisaient rien d’autre que se nourrir, comme ils l’avaient toujours fait depuis des siècles ? D’aussi loin que ce marais s’en souvienne, si tant est qu’une vaste étendue d’eau boueuse puisse avoir une mémoire, le gorgorum avait été là. Peut-être étaient-ils apparus ensemble, l’un pour créer la vie et l’autre pour la reprendre. Gorgorum avait été le premier et avait engendré tous les autres. Durant de nombreux siècles, lui et ses semblables avaient semé la terreur auprès de toutes les créatures qui s’aventuraient dans les zones marécageuses. Il avait été craint, vénéré, adulé. La nourriture arrivait toute seule dans le marais à intervalles réguliers sous forme de sacrifices, toujours présents malgré ses périodes de plus en plus longues de sommeil… Puis les années s’étaient écoulées, étaient devenues des décennies, les décennies des siècles et il s’était à nouveau éveillé pour s’apercevoir que la plupart des humains avait oublié jusqu’à son existence et qu’une poignée de ces sac de chair avait même décidé de mettre fin au règne de son espèce.

Il stoppa ses pensées alors qu’une onde se forma au dessus de sa tête. Un petit pied sautillait dans la boue. Bah, un petit en-cas ne ferait pas de mal, même s’il avait toujours eu du mal à digérer les longs poils qui recouvraient la tête de ces petits spécimens, ça lui faisait des sortes de pelotes dans la gorge. Il remonta doucement à la surface, sa tête bosselée et verruqueuse prenant l’apparence d’un rocher. Il observa sa proie qui jouait gaiement près de l’eau croupie qui lui servait de résidence et avança lentement sa main noueuse et gigantesque, aux doigts longs comme des branchages. Doucement, sans faire de bruit, il laissa ses griffes courir le long de la berge jusqu’à toucher le talon de l’enfant humaine. Il aurait tout aussi bien pu surgir du marais de toute sa hauteur, s’emparer d’elle d’un simple geste et la broyer comme une brindille dans sa main, mais… c’était beaucoup moins marrant. Il adorait attraper ses victimes par surprise, jouer à cache-cache avec elles, trouver toujours un nouveau moyen de les attraper. Après tout, ça faisait des siècles qu’il vivait dans ce cloaque et les moyens de se distraire n’étaient pas légion. Et en ce jour où on lui avait volé le dernier membre de sa famille, de son espèce, l’idée de se régaler de ce petit apéritif aux reflets dorés embellissait sa journée.

Il laissa ses doigts reposer contre le pied menu qui avait arrêté de bondir. La proie, intriguée, avait mordu à l’hameçon et s’était retournée vers ce qu’elle prenait pour un bâton de bois flotté, le regardant avec une innocence délectable. Il recula doucement sa main et la petite humaine s’accroupit en avant pour tenter de le retenir, ce qu’elle parvint à faire en l’attrapant de justesse. Il tira alors d’un coup sec et l’entraîna sous l’eau où il la maintint jusqu’à ce qu’elle se noie, prenant plaisir à voir la vie quitter ses grands yeux affolés. Ensuite, il la mangea.

Une fois ce maigre repas ingurgité et la fameuse pelote de poils recrachée, le gorgorum se leva de toute sa hauteur. Ça lui prit du temps, son dernier sommeil avait duré assez longtemps pour qu’il ne reconnaisse plus la végétation autour de lui et ses articulations semblaient avoir oublié de se réveiller. Et puis, trois mètres de corps tortueux resté plié pendant des siècles, ça ne se déroule pas en trois secondes. Il laissa l’eau, les algues et la vase noire glisser le long de son corps tordu comme un arbre frappé par la foudre et rugueux comme la pierre. Il chercha du regard un point en hauteur duquel il pourrait se rendre compte des changements survenus sur son territoire. Lors de sa dernière période d’éveil, quelques centaines d’humains s’étaient établis vers l’ouest dans des petits abris de bois. Il repéra une butte rocheuse surmontée d’un arbre à l’allure robuste à quelques mètres et s’y percha, chassant d’un geste désinvolte les maigres branchages aux tendres bourgeons qui polluaient son champs de vision. Ce qu’il vit le fit sentir très vieux. Le campement des humains s’était élargi démesurément, au point de recouvrir la forêt et leurs abris ressemblaient plus à des montagnes brillantes et rectilignes. Un grondement dans les airs lui fit lever la tête. Une sorte de chose bruyante planait dans le ciel juste au dessus de lui. Il levait un bras pour tenter de l’attraper lorsqu’un hurlement se fit entendre sur sa droite. Trois humains dont une femelle qui s’égosillait plus fort et plus aigu que les autres le dévisageaient avec terreur… Ces hurlements étaient une douce musique à ses oreilles. Il n’eut cependant pas le temps de réagir que les ridicules humains s’étaient déjà enfuis. Il hésita à les poursuivre. Chaque minute supplémentaire passée hors de l’eau devenait un supplice et s’il restait plus longtemps il allait sécher sur place. Tant pis pour les fuyards. Tôt ou tard, d’autres humains allaient venir, attirés par la curiosité et l’envie de se faire peur, et il savourerait alors pleinement sa vengeance…

Sa déception fut à sa hauteur de ses espérances. Quelques humains supplémentaires vinrent s’ajouter à non menu mais ils étaient loin du nombre auquel le monstrueux habitant du marais s’était attendu. Alors il patienta en fermant les yeux.

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Il rouvrit les yeux et réalisa qu’il s’était assoupi. Il sortit lentement la tête de l’eau et découvrit avec rage que les arbres autour de lui avaient perdu leurs feuilles et qu’un épais manteau neigeux immaculé recouvrait le sol. Une fine couche de glace morcelée s’était formée de-ci de-là sur les berges. Il laissa échapper un mugissement de colère qui fit fuir les oiseaux des alentours, pestant contre sa vieillesse et ces stupides siestes qui duraient des mois. Un bruissement dans les arbres attira son attention. Le bruit de la neige qui crisse sous les pieds. Un souffle qu’on tente de maîtriser. Des humains.

Il retourna sous l’eau et attendit qu’ils s’approchent. Les vibrations se firent plus présentes au dessus de lui. Il se figea pour ne pas attirer l’attention et leva ses yeux globuleux lentement, sans bouger d’un millimètre. Une forme humanoïde se dressait immobile tout au bord de l’eau, ses pieds brisant sans y prêter attention la fine particule de glace qui blanchissait le rebord vaseux et noirâtre du marais. Gorgorum fixa l’humain un long moment, celui-ci ne semblait pas décidé à bouger. Tant pis pour le jeu, ce stupide bipède méritait amplement de se faire dévorer. Le monstre avança son bras avec lenteur vers la cheville de sa victime et l’attrapa sans qu’elle ne réagisse. Il l’attira sous l’eau, surpris par son poids léger et par l’absence de lutte. Décontenancé, il ramena l’humain vers lui. Cet humain était très bizarre, sans expression, ses yeux ouverts étaient comme collés sur son visage. Sa peau était dure au toucher et lorsque le gorgorum transperça son abdomen, de grosses bulles d’air s’en échappèrent à la place du sang. C’était comme une carapace d’humain. Surpris, le monstre se leva hors de l’eau pour mieux examiner sa prise mais n’eut pas le temps d’approfondir son investigation. Une détonation assourdissante suivie sensation de choc dans son flanc gauche lui firent lâcher prise. Il se retourna brusquement et découvrit deux humains, deux jeunes adultes mâles. Le plus petit des deux tenait à la main son arme encore fumante braquée vers lui. Il examina son flanc gauche et découvrit un objet planté sous sa peau, qui laissait échapper de la fumée. Il le retira d’un coup sec et le broya dans sa main tout en avançant d’un pas lourd et menaçant vers les deux imbéciles qui avaient osé s’en prendre à lui. L’heure de la vengeance avait enfin sonné.

Les deux humains se criaient dessus, leur plan n’avait visiblement pas fonctionné. Le plus grand s’apprêtait à utiliser son arme et Gorgorum l’en empêcha en l’envoyant voler à travers la forêt. Il s’occuperait de lui plus tard. D’abord le petit. Il lui avait fait mal, il allait le regretter. Le monstre se retourna et fut étonné de ne plus voir son adversaire où il l’avait laissé quelques secondes plus tôt. Une nouvelle sensation désagréable, cette fois au niveau de sa hanche droite. Gorgorum hurla. L’humain teigneux s’était cette fois servi d’une petite arme pointue qu’il tentait de planter avec hargne sous l’épaisse peau du monstre. L’immonde être des marais décocha un violent coup du revers de la main à son assaillant qui se trouva durement projeté au sol. De ses deux mains noueuses et puissantes, il le souleva sans effort et l’amena à sa hauteur, soufflant sa rage au visage de sa victime qui lui parla en se débattant. Pas besoin de comprendre ce que l’humain disait pour deviner qu’il se montrait impertinent. Quel être stupide pour provoquer ainsi plus puissant que lui. Enivré de colère, Gorgorum resserra son étreinte, se délectant des cris de douleurs que laissait échapper sa proie et du son délicieux des os qui se brisaient. Le visage de l’humain ne recelait plus aucune trace d’impertinence sous son masque de souffrance. Il gardait ses yeux dégoulinants d’eau rivés dans ceux de son tortionnaire, sachant que le gorgorum n’avait qu’à serrer un peu plus fort pour le broyer définitivement.

Une douleur déchirante retentit soudain dans son dos, l’obligeant à laisser échapper sa proie qui tomba à l’eau dans une éclaboussure mêlant vase, eau et glace. Gorgorum tituba. Il ne pouvait plus respirer, il brûlait littéralement de l’intérieur. Une odeur pestilentielle se dégageait de son propre corps tandis qu’il s’effondrait en faisant trembler la terre autour de lui. Les flammes le rongeaient, la douleur était si intense et pénétrante qu’il ne pouvait pas s’empêcher de hurler et de se tordre dans tous les sens. Ses yeux le trahirent, lui envoyant des images qui n’étaient pas les siennes. Celles des autres gorgorums tombés avant lui sous les coups haineux des humains qui les avaient autrefois vénérés.

L’autre humain, celui qu’il avait négligé quelques minutes plus tôt, avait hissé le plus petit hors de l’eau glacée. Ils se tenaient là, par terre, l’un dans les bras de l’autre, deux regards farouches pointés vers lui et le regardant mourir. Et c’est ainsi qu’allait disparaître son autrefois si puissante espèce. Engloutie dans un enfer de flammes et dans la solitude. Mieux valait fermer les yeux. La douleur n’existait déjà plus, sa gorge n’était plus en mesure de hurler. L’obscurité vint frapper à sa porte et il l’accueillit avec soulagement.

FIN.
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